Une trentaine de femmes a participé à un stage d’auto-défense organisé par le Ladies System Defense, en Guyane, le 16 novembre 2025. Une initiative bienvenue à quelques jours de la journée de lutte contre les violences faites aux femmes.

C’est dans une atmosphère bienveillante et combative qu’une trentaine de femmes a participé à un stage d’autodéfense au Dojo de Suzini, en novembre 2025. « Je suis venue chercher des mouvements qui pourraient m’aider dans certaines situations, des choses assez simples, Je voulais savoir quoi faire en situation de danger », témoigne Corine, d’un air pensif.

Lancée en 2011, Ladies System Defense propose des stages, formations et conférences en France et à l’étranger, à travers le regroupement de professionnel.l.es et expert.e.s dans différents domaines (physiques, médicaux, juridiques, comportementaux…).

« 81% des femmes ont été victimes d’au moins une violence sexiste et sexuelle de la part d’un homme seul », selon la lettre 23 de l’Observatoire national des violences faites aux femmes. Ces chiffres alarmants  rappelés au début du cours, attestent d’une vérité pour les participantes : elles acquiescent avec résignation car ces réalités leur parlent.  

Entre théorie et pratique

Pour Laurent Hennequin, fondateur du Ladies System Defense et gendarme, le secourisme et l’auto-défense font partie des « basiques » car « on doit s’adapter à la société dans laquelle on vit ». Cela passe par la prévention, la vigilance et la capacité à désamorcer des situations qui pourraient devenir dangereuses, sans se mettre en danger.

Lors du visionnage d’une vidéo, Astrid réagit : « La femme ne s’est pas mise en danger. Le danger vient de l’homme. On juge l’attitude de la femme mais c’est l’homme le problème ». Autour d’elle, les autres approuvent et c’est un sentiment d’injustice qui plane face à la nécessité d’apprendre à se protéger. 

Durant la partie théorique, les participantes apprennent à donner l’alerte, l’importance de la cohérence entre le message et l’expression du corps, ou encore à aider sans se mettre en danger. 

Une brève histoire de l’auto-défense

« Crier suffit à stopper une agression dans 80% des cas », d’après un article de la revue Nouvelles questions féministes « L’autodéfense féministe : entre travail sur soi et transformation collective », réalisé par Anne-Charlotte Millepied, doctorante en sociologie. 

C’est ce que les participantes au stage du ladies System Defense font. Certaines échangent quelques regards timides avec leur partenaire avant d’oser se lancer mais la rage qui en ressort est sans appel. De l’envie nait le besoin. 

« Les moyens matériels, corporels, émotionnels et psychiques de se défendre ont été systématiquement mis hors de portée des femmes », explique la doctorante. Elle met en avant le moment où les violences masculines faites aux femmes passent du « trouble personnel » au « problème public » avec le Mouvement de libération des femmes. Les années 1970 marquent également la naissance des cours d’autodéfense pour les femmes au Québec et en Autriche. 

Une augmentation des violences

Cinquante-cinq ans plus tard, certaines universités françaises, comme Paris 8, proposent des ateliers d’autodéfense féminine. Et depuis 1994, la loi française prévoit un cadre permettant la légitime défense dans l’article 122-5 du Code Pénal. 

Dans les départements d’outre-mer, « sur tous les territoires pour lesquels des chiffres existent, on constate une augmentation des violences (notamment psychologiques) » , indique le Conseil économique social et environnemental, lors d’une séance publique publiée le 25 novembre 2024. En Guyane, des associations telles que L’arbre fromager ou encore l’Association Guyanaise d’Aide aux Victimes luttent quotidiennement contre les violences faites aux femmes.

Des résultats à la hauteur des attentes

Après 3 heures de stage, les participantes repartent avec le sourire et une grande fatigue physique. Serviettes en main, elles s’épongent le front tout en échangeant leurs ressentis. « J’étais venue connaître des mouvements qui pourraient m’aider dans certaines situations. Des choses assez simples. J’ai trouvé ce que je cherchais», témoigne Corine.

Virginie elle, note « beaucoup de sororité entre les femmes » et salue le fait de « ne pas oublier les DOM ». Cependant cette activité, nouvelle pour la majorité des femmes présentes, ne l’était pas pour toutes. Pour Ketsia, « c’est toujours bien de faire de la répétition et de se remettre dans les contextes. A force de faire, les automatismes arrivent lorsqu’il y a une situation qui se présente ». Pour elle, « l’auto-défense, c’est d’abord avec soi-même, afin d’éviter le conflit et l’affrontement. La violence est partout. » 

Moïra Berton

Alliant la théorie à la pratique, le cours s’adresse particulièrement aux femmes. (© MB)

Les cours d’auto-défense en Guyane | Pour Stéphane, de l’Amazonie Fight Club, partenaire de l’association Ladies System Defense, les cours d’auto-défense ont pour objectif d’être renouvelés. Le club propose de façon régulière des séances mixtes afin d’apporter des connaissances de façon simple et accessible au dojo de Suzini mais aussi par l’organisation d’autres stages à destination des femmes.

The Sorority, une application disponible en Guyane | Grâce à l’application The Sorority, mise en place en partenariat avec Ladies System Defense, les femmes peuvent signaler leur détresse, partout en Guyane. En appuyant sur un bouton alerte, les utilisatrices les plus proches sont notifiées de la demande d’aide avec un système de géolocalisation.

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