L’ÉDITO DE FANM MÉDIA  : Pour des villes féministes dans les Outre-mer

« Les garçons sont chez eux dans l’espace public, les filles sont chez elles dans l’espace privé » déclarait Martine Vaugien-Cheung, maîtresse de conférences en géographie et spécialiste du genre à l’université de la Réunion, interrogée par Jadine Labbé Pacheco, (rédactrice en cheffe de Fanm média), dans le cadre de l’article « La ville fait mâle » publié en 2022. Dans le contexte des élections municipales 2026, Fanm média constate que le milieu urbain n’est toujours pas pensé pour la libre-circulation des femmes alors même qu’elles sont majoritaires sur la plupart de nos territoires.

Comment faire pour que les femmes puissent habiter leur ville sereinement ?

Des statues et des rues à leur image

La féminisation des noms de rues est un réel enjeu de la représentativité des femmes à la renommée historique au même titre que les statues représentant ces personnalités. C’est déjà le cas à Fort-De-France par exemple où, Nadia Chonville, docteure en sociologie, déclare dans l’article « Le grand camouflage urbain » que « 38 sur 1104 voies mettent à l’honneur des femmes. » Nous pouvons mieux faire.

Soutenir une culture commune qui inclut les femmes revient à renforcer l’estime de toutes les jeunes femmes en devenir et leur élargir un champ des possibles. C’est également réaffirmer que le monde ne s’est pas fait sans elles. Nous aimerions voir de grandes artères nommées Paulette Nardal, journaliste, écrivaine et militante pour les droits des femmes, en Martinique, Jacqueline Manicom, sage-femme, écrivaine et fondatrice du planning familial en Guadeloupe, Eugénie Eboué-Tell, femme politique française, en Guyane, ou encore Isnelle Amelin, fondatrice et première présidente de l’UFR (union des femmes réunionnaises) à la Réunion, à en faire pâlir de jalousie les innombrables avenues du Général de Gaulle.

Des trottoirs empruntés en toute quiétude

Ces mêmes rues sont le théâtre de saynètes dont les rôles principaux sont joués des hommes. Ces comédiens aux relents parfumés de bière et de rhum et aux acerbes “compliments” non sollicités peuvent rester des heures devant des magasins de proximité. Penser la séparation de la voie publique et de ces magasins, permettrait aux femmes de circuler librement sur le trottoir. La présence de barrières, de massifs floraux ou de noues végétales pourraient matérialiser cette division. Établir une distance obligatoire entre le commerce et la zone de passage serait également opportune. De plus, cet espace gagnerait à être utilisé comme un lieu de stationnement. Par une après-midi de fortes chaleurs, pouvoir acheter son sorbet coco ou sa glace pistache sans être embêtée est un droit et une nécessité. Par ailleurs, veiller à ce que ces rues soient éclairées la nuit est une évidence qui n’est toujours pas généralisée.

Des aménagements sportifs (réellement) mixtes

Les infrastructures publiques sportives sont également bien souvent des lieux de rassemblement presqu’exclusivement masculins. Des terrains de football, basketball ou encore fitness fleurissent au grand bonheur de ceux qui pratiquent déjà ces sports, c’est-à-dire les hommes. Proposer plus d’espaces pour pratiquer la gymnastique, la danse et la marche à pied, disciplines où les femmes sont surreprésentées d’après l’étude INSEE de 2017 « les pratiques sport des femmes et des hommes : des rapprochements mais aussi des différences qui persistent », avec un sol adapté et des chemins aménagés contribuerait à diversifier les activités proposées et dégenrer la population intéressée.

Des toilettes pour tou.te.s

« Penser à faire pipi avant de quitter chez soi ?» Est-ce une question que les hommes se posent lorsqu’ils doivent se déplacer hors de leur domicile ? C’est pourtant l’habitude à laquelle s’adonne un bon nombre de femmes. Pour éviter d’attendre longtemps un accès à des toilettes bien souvent trop sales, elles rebroussent chemin, à la recherche d’un autre espace de soulagement. Les hommes ont la chance d’avoir un éventail de supports adaptés à leur besoin de miction. Il est fréquent de trouver des toilettes aux cuvettes mixtes, utilisables par les hommes, voire des espaces complètement mixtes, à disposition des hommes et des urinoirs utilisables uniquement par les hommes dans les lieux publics. Ce net privilège n’empêche pourtant pas certains rebelles de la gent masculine à faire leurs besoins sur les trottoirs environnants.

Dans un premier temps, de manière générale, prévoir plus de toilettes dans nos beaux paysages ultramarins offrirait une meilleure accessibilité de l’objet convoité vainement par les femmes. Dans un second temps, proposer des urinoirs féminins limiterait les obstacles hygiéniques à leur utilisation pour celles qui le peuvent.

Quand une ligne peut tout changer

« Budget égalité femmes-hommes » : Ce sont les mots à mettre en évidence dans tous les budgets municipaux.

Avant d’envisager des actions, la lutte pour les droits des femmes doit être une volonté politique qui doit s’inscrire dans les programmes de campagne. Dans une société pensée pour les hommes et par des hommes, il est difficile de croire que toutes les dépenses de la ville serviront autant les femmes que les hommes. Si une ville souhaite s’inscrire dans une politique qui vise l’équité des genres, celle-ci doit le décider et le formaliser.

Moïra Berton

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