Pride en Guyane : L’art pour dire ses fiertés

La deuxième édition de la Jungle Pride a été organisée par l’association Kourou Queer, dimanche 27 juin 2026. Cet événement artistique et politique, a réuni environ 200 personnes dans la ville de Kourou.

Show drag, défilé d’outfit personnalisés et étalage de pancartes aux messages politiques… de quoi concurrencer la liberté d’expression elle-même ! Par l’art graphique et la mise en scène des corps, la communauté LGBT+ et ses allié.e.s ont choisi d’interpeller, de se révolter et de s’exprimer.

  • Le show drag

À travers les performances spectaculaires et l’apparence extraordinaire de l’artiste qui se met en scène, l’art drag est particulièrement visuel. Il questionne le genre et l’être de façon plus large. Durant le show drag de la Jungle Pride, les artistes de l’association House of rockets jouent avec les codes des genres féminins, masculins et du drag creature à travers le maquillage intense, les coiffures exubérantes ou encore le costume de panthère. L’un des objectifs de l’association est d’organiser la sensibilisation par le drag.

La Monarque durant le show drag

Dès son entrée par les gradins, tout de rose vêtue avec sa robe à strass et ses escarpins assortis, La Monarque éblouit son public. Elle fait danser un énorme foulard à froufrous qu’elle finit par quitter pour performer. Son spectacle est tel qu’elle investit pleinement la scène. Que ce soit par son allure remarquable ou sa roue de gymnaste sur talons hauts, elle danse fièrement face au public.

  • “Ceci est une pan-carte”
Pan-carte brandie durant la marche des fiertés

“Ceci est une pan-carte”. Le jeu de mot entre la “pancarte” et la “pansexualité” qui est l’absence d’attirance par le prisme du genre, est très représentatif d’une réalité de la Jungle Pride : les participant.e.s font le choix de s’exprimer par l’art.

Les affiches uniques et colorées portent des messages impactants. Le propos n’est pas lissé. Il est habillé pour surprendre et parfois choquer. Sur la pancarte “Kwir en or”, les mots sont représentés de manière très esthétique. Ils appartiennent à la fois au texte et à l’image.

Il y a une volonté d’apostropher par l’image, à la manière des banderoles dont l’histoire est très politisée. Les pancartes brandies lors des prides du monde entier, sont conservées par l’Institut international d’histoire sociale d’Amsterdam conserve. On y retrouve ainsi plus de 3 000 oeuvres.

  • Des t-shirts à l’intersection des luttes
Traduction : Les lesbiennes africaines existent.

En Guyane, dans un département qui compte au moins 25 groupes ethniques différents d’après l’article “Intégrer une société multiculturelle” sur le site du gouvernement français, il y a un réel enjeu intersectionel dans la question identitaire. Lorsque l’ethnie, la couleur de peau, l’orientation sexuelle et le genre se rencontrent il y a bien souvent des heurts.

“African lesbians exist”, “Oui et alors?”, “Non binaire pansexuel créole” ou encore “trans rights are decolonial”. Ce sont d’ailleurs les mots que des participant.e.s ont choisi de porter à même le corps durant la marche des fiertés. Les t-shirts floqués de messages à la fois personnels et collectivement politiques se rejoignent à la croisée des luttes.

Traduction : Les droits des trans sont décoloniaux.

Bien que le taux de participation à cette deuxième édition de la Jungle Pride soit encore timide, l’événement , à la fois festif et sécurisé, semble avoir de belles perspectives d’avenir devant lui. 


Un rapport de l’assemblée nationale sur la lutte contre les discriminations anti LGBT dans les Outre-mer réalisé en 2018 atteste que 22,2% des hommes et 14,6% des femmes pensent que l’homosexualité est le signe d’un problème psychologique. 45,6% des hommes et 40,6% des femmes pensent que c’est une sexualité contre nature. Presque la moitié du département voit l’homosexualité comme une anomalie et les chiffres sont encore plus importants en Martinique et en Guadeloupe.

Moïra Berton


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