Sur Twitch, la streameuse réunionnaise Happyletchi crée un univers plus inclusif
Représentation des Afro-descendantes, queerness, endométriose, SMOP, PMA et neuroatypie… Sur Twitch, la streameuse réunionnaise Happyletchi crée des univers à son image, dans lesquels elle aborde des sujets liés à son identité, mais aussi à la santé des femmes.

« Projet Kalle ». Le nom de l’univers qu’elle crée sur Twitch annonce la couleur. Et quand on connaît le pseudo de celle qui se cache derrière, il n’y a plus de doute. Happyletchi streame sur Twitch depuis trois ans.
« Grâce à mon nom, les Réunionnais.e.s me repèrent tout de suite car, à La Réunion, on dit “letchi” et non “litchi”… Je voulais un nom qui rappelle mon île », explique la gameuse réunionnaise.
Quand elle commence ses lives, elle évoque tout de suite ses racines. Quand elle chantonne, c’est souvent en créole. Et lorsqu’elle crée ses personnages et leurs univers, elle s’inspire tout naturellement de La Réunion. « C’est mon porte-drapeau, mon combat. Oui, je suis Réunionnaise et tout le monde le saura », rigole-t-elle.
Un retour virtuel aux sources réunionnaises
Pourtant, ça n’a pas toujours été le cas. C’est en quittant La Réunion pour s’installer dans l’Hexagone qu’elle prend réellement conscience de son identité. Dans sa nouvelle vie, à 10 000 kilomètres de chez elle, Happyletchi ressent le besoin de « retourner à la source ». Le temps de quelques heures, elle retrouve ainsi son ancrage.
« Je ne me rendais pas compte du côté multiculturel de La Réunion, où plein de religions se croisent sur cette terre, où, si nous sommes libres, c’est parce que beaucoup avant nous ont souffert pour que nous puissions l’être », indique-t-elle. « Nous sommes Français.e.s, mais nous n’avons pas la même histoire [que les Français.e.s de l’Hexagone] ».
Cette histoire, la streameuse l’aborde dans ses lives avec une communauté composée de Réunionnaises, mais aussi de Guadeloupéennes ou de Martiniquaises.

Des personnages qui lui ressemblent
Si Happyletchi aime jouer, elle le fait avec un objectif qui se diffuse dans l’ensemble de son univers : lutter pour davantage de représentation dans les jeux vidéo, un espace encore majoritairement masculin, hétérocentré et blanc.
« En tant que personne noire et Réunionnaise, je crée que des femmes et personnages non binaires, que des personnages qui me ressemblent et qui ressemblent à toutes les femmes que j’ai vues en grandissant », témoigne-t-elle.

« Nos cheveux, nos corps, nos formes, nos couleurs de peau, nos textures de cheveux… Tout ça raconte une histoire et nous avons le droit d’être représentées dans les jeux vidéo. Je trouve ça beau de créer cette représentation, car il n’y a pas mieux que quelqu’un de concerné pour montrer cette diversité ».

Un monde magique peuplé de femmes
Inspirée par les contes et légendes réunionnaises que lui racontaient ses grands-mères, Happyletchi donne également vie à des personnages « occultes », comme Grand-Mère Kalle, « la sorcière la plus connue de La Réunion ». Elle imagine aussi une chamane, « cette personne qu’on va voir quand on a des blocages dans la vie ou qu’on pense avoir le mauvais œil », sourit-elle.

La Réunion en filigrane
La streameuse installe ses personnages dans des habitations qui rappellent les kaz créoles. À l’intérieur, le mobilier évoque celui des gramounes. À l’extérieur, arbustes, plantes et fleurs composent un « jardin à la créole ».

Et lorsque la caméra dézoome sur la map, ce sont les paysages de l’Est de La Réunion qui apparaissent : la cascade Niagara, le Nez de Bœuf ou encore l’Anse des Cascades.

« Je suis née à Sainte-Suzanne et j’adore tous ces lieux magiques que je trouve magnifiques », explique Happyletchi.
Dans sa save, la streameuse dissémine également des références très personnelles. « Mon père aimait beaucoup passer par des petits chemins, dans un petit sous-bois avec une petite rivière ». Sa mère, elle, aime raconter une histoire dans laquelle est décrite « une maison de maître sur le chemin de la renaissance ».
De son enfance, la Réunionnaise se souvient aussi du centre-ville de Sainte-Suzanne, « avec son jet d’eau, son église, sa mairie ». Autant de clins d’œil que seules les Réunionnais.es peuvent repérer.
Une utopie féministe et inclusive
En quelques clics, Happyletchi construit donc sa propre utopie : un univers où La Réunion se diffuse un peu partout, dans un monde où « les femmes vivent entre elles, sont très puissantes et très grandes, solidaires entre elles ».
Un monde où les violences faites aux femmes n’existent pas, où le matriarcat remplace le patriarcat, et où, finalement, il fait simplement bon vivre.

Jadine Labbé Pacheco
Jouer pour s’évader
Depuis ses premières règles, à l’âge de 9 ans, Chloé vit en permanence avec la douleur. Anémie chronique, incapacité, hémorragies, évanouissements… « J’ai plus vécu avec la maladie que sans », soupire-t-elle. « Pendant ces quatre dernières années, j’ai même eu mes règles non-stop, avec toutes les complications que ça entraîne », ajoute-t-elle.
En 2018, les médecins posent un diagnostic : elle souffre d’endométriose. Quelques années plus tard, un second s’ajoute : celui du syndrome des ovaires micropolykystiques (SMOP).
Désirant devenir maman un jour, Chloé s’est également lancée dans un parcours de procréation médicalement assistée (PMA). Reconnue au titre de la reconnaissance de la qualité de travailleur handicapé (RQTH), elle ne peut aujourd’hui pas travailler.
« J’ai mis beaucoup de temps à accepter que j’étais malade, mais pendant le Covid, ce n’était plus possible. C’est pendant cette période que j’ai commencé à jouer », raconte-t-elle.
En 2020, le repos forcé par la crise sanitaire lui permet enfin de prendre soin d’elle. Pour s’évader, elle commence par jouer à Animal Crossing, puis Coral Island, Disney Dreamlight Valley et enfin Les Sims 4. Des jeux qui ont tous un point commun : leur univers cosy, qui lui apporte un peu de légèreté dans un quotidien marqué par la maladie.
« Ça m’a permis de m’évader, mais aussi de sociabiliser avec d’autres personnes », relate-t-elle.
Lorsque la vie reprend son cours après la crise sanitaire, Chloé, elle, continue de jouer.
Un jour de juillet 2023, elle lance un live sur Twitch, « un peu sur un coup de tête », sous le pseudonyme « Happyletchi ». Depuis, elle n’a plus arrêté.
Créer un monde à son image
Lors de ses lives, elle partage avec sa communauté les problématiques qu’elle traverse : endométriose, syndrome des ovaires micropolykystiques (SMOP), procréation médicalement assistée (PMA)… Elle crée également des histoires inspirées de son propre vécu, notamment autour de la PMA.
« J’ai créé une histoire avec une femme qui nourrit un désir de grossesse, mais qui n’aboutit pas. J’ai aussi écrit un article qui retrace un rituel magique pour avoir des bébés, mais qui est assez éprouvant », raconte-t-elle.
Diagnostiquée trouble du déficit de l’attention avec hyperactivité (TDAH), elle aborde aussi la neuroatypie. « Je suis le genre de personne à suivre un papillon et à me perdre, et ça se retrouve dans ma façon de jouer », rigole-t-elle.
Avec ses live, Happyletchi propose un espace pensé par et pour les femmes, où peuvent être abordées les questions liées à leur santé.





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