Harcèlement au travail : « Ta coupe de cheveux n’est pas professionnelle »

À travers son exposition « En guerre », la photographe Joannie Celot dénonce le harcèlement qu’elle a subi, mais donne aussi des clés pour apprendre à le déceler et ne plus le subir.

L’exposition « En guerre » de la photographe Joannie Celot est visible jusqu’au 20 octobre 2026, à Diasporâs, au 6 rue de Tracy, à Paris. ©Jadine Labbé Pacheco

« Ta coupe de cheveux n’est pas professionnelle »

Ce matin-là, Joannie, salariée à l’accueil d’une entreprise depuis neuf mois, arrive avec des bubble braids. Sur le moment, elle ne réalise pas vraiment la portée des mots prononcés à voix haute par sa manager. Puis, les remarques se répètent. Une deuxième fois, une troisième, jusqu’au jour où…

« Une fois, ma manager m’annonce qu’ils parlaient de moi à la fin de chaque réunion. Je lui ai dit que je ne comprenais pas, car je faisais bien mon travail. Elle a fini par me dire que mon problème était ma coupe de cheveux et qu’il fallait que j’y remédie ».

« En tant que femme noire, je ne pouvais pas retirer ma coupe de cheveux du jour au lendemain, et surtout, je ne voulais pas me sacrifier. Donc, j’ai demandé un rendez-vous avec ma RH », raconte Joannie.

À l’issue de l’entretien, la responsable des ressources humaines estime que les propos rapportés par Joannie ne sont pas discriminants.

« Je n’avais pas de preuves et puis je commençais à me dire que j’étais folle, donc j’ai fait en sorte que ma coupe ne soit plus un problème : je me faisais des chignons plaqués et serrés, alors que ça me donne la migraine », souffle-t-elle.

Quelque temps après, l’automne laissant place à l’hiver, Joannie signale à son employeur que les uniformes exigés sont trop fins. « Je tombais tout le temps malade, mais je ne voulais pas être en arrêt maladie », précise-t-elle.

Épuisée, Joannie a de plus en plus de mal à se réveiller. Son corps fatigue et c’est la boule au ventre qu’elle se rend au travail.

Puis, au mois de décembre, « pendant la période des fêtes de fin d’année », elle reçoit une convocation de son employeur.

« J’étais convoquée à un entretien disciplinaire. Lors de l’entretien, ma tenue vestimentaire, et non ma coupe de cheveux, a été abordée. La RH m’a indiqué que j’allais recevoir un courrier récapitulatif ».

Quelques jours plus tard, elle reçoit bien un courrier, mais à son ouverture, c’est la mauvaise surprise : un avertissement.

De retour sur son lieu de travail, Joannie fait une crise d’angoisse.

« J’avais beaucoup de mal à respirer, je respirais fort, je m’étouffais… Une collègue présente a appelé l’infirmière, qui est venue me chercher en fauteuil roulant. C’est une fois à l’infirmerie que j’ai réalisé ».

Après cet épisode douloureux, le médecin de Joannie la met en arrêt maladie. À l’issue de celui-ci, Joannie décide de mettre fin à son contrat.

« Je ne suis plus jamais retournée sur ce lieu de travail », indique-t-elle.

Une exposition pour guérir

© Joannie Celot

« Dans ma culture, martiniquaise, on ne parle pas trop de ses problèmes. On fait en sorte que tous les problèmes soient réglés très vite, et je n’ai pas l’habitude de faire des vagues mais j’ai ressenti le besoin de m’exprimer », explique Joannie.

C’est derrière l’objectif, mais aussi grâce à une thérapie, que la Martiniquaise « guérit ».

« Quand je vivais toute cette période de harcèlement, je n’avais pas l’impression d’être comprise ni de comprendre ce qu’il se passait. Alors, au début, je l’ai fait pour me sentir moins seule », confie-t-elle.

Au fil du temps, elle rencontre des personnes qui ont, comme elle, subi du harcèlement au travail.

Elle précise son objectif : « Capturer le moment où le masque tombe ».

© Joannie Celot

Découpée en quatre parties, son exposition présente une série de photographies accompagnées de textes interprétés par l’artiste ; un mur participatif intitulé « Les mots qui blessent », sur lequel chacun.e est invité.e à inscrire une phrase qui l’a marqué.e ; la diffusion de témoignages filmés de personnes ayant subi du harcèlement ; et, enfin, une boîte à questions et à outils.

À travers cette exposition, Joannie souhaite sensibiliser le public au harcèlement au travail, mais aussi donner des outils concrets pour le déceler, y mettre un terme et « guérir ».

Présentée le 10 octobre 2026, à l’occasion de la Journée mondiale de la santé mentale, l’exposition « En guerre » est visible jusqu’au 20 octobre, au restaurant Diasporas, au 6, rue de Tracy, à Paris.

Jadine Labbé Pacheco


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