« Une grossesse peut être courte et pourtant laisser une empreinte profonde » : une exposition sur le deuil périnatal
En Guyane, la photographe Anne-Sophie Bender a recueilli les témoignages de 41 femmes ayant perdu un enfant, qu’elle a ensuite photographiées dans le cadre d’une exposition consacrée au deuil périnatal.

« Le plus frappant dans mon parcours de deuil, je crois, c’est le paradoxe entre l’immensité de ma douleur et la constante minimisation de cette grossesse arrêtée venant de l’entourage ». Depuis trois ans, Selma vit chaque jour difficilement. « Ce deuil est si peu reconnu socialement qu’il faut bien faire semblant que tout va bien. Et pourtant, c’est une succession de phases d’isolement, de rechutes, une incapacité chronique à se concentrer, à penser à autre chose ».
Pour Alicia, « le départ d’un enfant n’est et ne sera jamais acceptable. À deux jours du terme, le silence du monitoring est insoutenable. Il nous brise. Il nous fait chavirer et nous emporte telle une brutale vague dans un océan déchainé ».
Sandra, elle, adresse un poème à son enfant parti. « Je rêve encore d’entendre tes premiers gazouillis…De te voir endormi…Et aux anges tu souris…Tes premiers pas…aidé de ton papa…J’imaginais ce Noël te couvant au creux de moi…J’ai imaginé toute une vie auprès de toi…Maintenant…Tout ce qu’on a…Sont des photos de toi à l’intérieur de moi… Des souvenirs de rêves avortés…Des images si parfaites, mais en dehors de la réalité Ancrées dans mon esprit endeuillé…»
41 histoires, 41 rencontres

Ces trois mamans font partie des 41 personnes qui ont témoigné, en Guyane, auprès d’Anne-Sophie Bender, photographe et éducatrice spécialisée.
À travers son exposition consacrée au deuil périnatal, Anne-Sophie souhaite donner une place à ces histoires et faire reconnaître les différentes formes de deuil liées à la perte d’un enfant, qu’il s’agisse d’une grossesse arrêtée, d’un deuil périnatal ou d’une IVG vécue comme un deuil.
« Derrière chaque perte, il y a une histoire, un lien qui s’est créé, un désir de devenir parent. Une grossesse peut être courte et pourtant laisser une empreinte profonde. Même lorsque ce bébé n’a pas eu le temps d’être rencontré, il a existé dans l’histoire de ses parents. Et cette perte mérite d’être reconnue », explique-t-elle.
Une exposition itinérante
L’exposition a été présentée au Centre hospitalier de Cayenne, au sein du pôle Femme-Enfant, avec le soutien du Réseau Périnat Guyane. Elle est désormais visible du 15 au 25 octobre au Diapason, à Marsac, en Dordogne, aux côtés des associations Périgord Étern’Ailes et De Larmes et d’Amou.
La photographe souhaite ensuite faire voyager cette exposition dans différents lieux publics, en Guyane comme dans l’Hexagone.

Jadine Labbé Pacheco





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