Moi, Tituba, sorcière noire de Salem : le récit de la résilience
« Je dis en haletant :
– Man Yaya, je veux que cet homme m’aime.
Elle hocha la tête :
– Les hommes n’aiment pas. Ils possèdent. Ils asservissent. »
Moi, Tituba, sorcière noire de Salem, publié en 1986, est une fiction, imaginée par l’autrice guadeloupéenne Maryse Condé, à laquelle on aurait presqu’envie de croire tant elle est bien racontée, si elle ne se voulait pas le récit des horreurs de l’esclavage. Bien que Tituba ait réellement existé, la Guadeloupéenne imagine la vie de cette femme de la Barbade dont on sait peu. Elle lui crée une histoire et des souvenirs. Elle lui donne une voix.
En 1987, dans l’émission Agora, Maryse Condé indique que l’envie d’écrire l’histoire de Tituba est née lorsqu’elle a découvert cette “femme noire que l’on avait oublié”.
Contrairement à l’idée de départ de l’animateur, l’autrice explique qu’elle n’est pas partie d’un mythe qui aurait pu fasciner les populations antillaises ou africaines pour qui les sorcières de Salem n’avaient pas de résonance. Maryse Condé a découvert Tituba au hasard de quelques recherches dans le département d’histoire de l’université de Californie. La rencontre avec cette femme noire de la Barbade, improbable parmi les sorcières de Salem, a retenu son attention.
Elle a voulu lui offrir sa propre légende, à contre-courant du mythe prégnant aux Etats-Unis de « la doudou » qu’elle image par « la grosse nounou de Scarlett O’hara qui est laide à faire peur ». Elle a d’ailleurs pensé sa Tituba très belle et pleine de sensualité.
Une femme enchaînée par les hommes
Bien que l’on se laisse facilement porter par les flots de mots de l’autrice, le récit reste à la fois celui de la rébellion et de l’asservissement. La découverte du personnage de Tituba, enfant issu d’un viol, se fait dans la douleur.
Maryse Condé nourrit l’histoire d’une femme noire qui connaîtra la liberté puis l’esclavage. Enchainée par les hommes de sa vie, elle ne cessera de questionner les relations humaines.
Tituba est une femme pleine de résilience que l’on va suivre de la Barbade à la ville de Salem, aux États-Unis.
Dans ce récit transgénérationnel dans lequel la grand-mère de Tituba, Man Yaya, ne cessera de l’accompagner, Maryse Condé interroge l’amour, l’amitié, la maternité, la spiritualité, l’héritage et la liberté à travers une vie rythmée par les coups de fouets brisant les silences jamais durant, pendant l’esclavage.

Moïra Berton





Laisser un commentaire