Tembe : Noémi Boucher adresse une lettre d’amour à la Guyane

L’artiste Noémi Boucher, 26 ans, rend hommage à la Guyane, à sa mère, et à ses origines bushinenge à travers le tembe.

Noémi Boucher lors d’une exposition à l’Espace Temple, à Paris, le 21 mai 2026. – JLP

Une lettre d’amour à la Guyane : voici le message que Noémi Boucher souhaite transmettre à travers son œuvre Un amour de Guyane. Née d’une mère ndjuka et d’un père breton, l’artiste-peintre rend hommage à ses racines bushinenge à travers le tembe.

Aussi loin qu’elle s’en souvienne, le tembe a toujours fait partie de sa vie. « À la maison, on avait des pagaies en guise de décoration et des livres sur le tembe dans la bibliothèque », relate-t-elle.

Enfant, elle passe une partie de son temps à dessiner. Au lycée, elle choisit l’option arts plastiques au baccalauréat. C’est à cette époque qu’elle réalise son premier tembe. « Avec ma grande sœur, on avait peint une œuvre pour l’offrir à nos parents et décorer la maison », raconte-t-elle.

Après une courte pause, elle revient au tembe au cours de ses études. « J’avais encore envie de décorer ma maison en y apportant cet élément culturel, car nous avons tous grandi loin de la Guyane. On n’y va pas si souvent, donc c’est un moyen de faire passer des messages d’amour. »

Investir un espace traditionnellement masculin

Si, traditionnellement, la peinture est pratiquée par les hommes chez les Bushinenge, Noémi investit cet espace tout naturellement. « Chez les Bushinenge, les hommes pratiquent le tembe à travers la sculpture sur bois ou la peinture. Les femmes, elles, le pratiquent avec la couture ou les tresses. Moi, je me suis tournée vers la peinture, car c’est ce que je savais faire. »

Quand elle se lance, elle reçoit des messages d’étonnement, mais jamais péjoratifs. « Souvent, les gens sont étonnés quand ils voient que c’est moi, une femme, qui suis derrière la peinture », raconte-t-elle.

Sur sa pièce maîtresse, « Un amour de Guyane », la Guyane est composée d’entrelacs colorés, caractéristiques de cet art bushinenge. « Je souhaitais mettre en valeur la Guyane et les Bushinenge pour les personnes qui portent un héritage bushinenge et qui sont éloignées de la Guyane. Mais aussi faire découvrir ce territoire, qui reste encore peu connu à Paris. Certaines personnes m’ont demandé si c’était la carte de l’Amérique du Sud. »

Une manière, pour l’artiste, de replacer la Guyane et les Bushinenge au cœur du planisphère.

Jadine Labbé Pacheco


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