La première fois où j’ai été sexualisée par un homme : J’ai 13 ans, je ne dis rien

Une fois par mois, la rédaction de Fanm vous propose un nouveau texte de la série « La première fois où ».

Scolarisée dans un établissement du centre-ville de Cayenne, en Guyane, mes parents viennent me chercher en voiture à la sortie des cours. Parfois, ils ne peuvent pas être à l’heure. Alors, ils me donnent rendez-vous dans un café à quelques rues de mon collège.

Le Délifrance est l’un de ces lieux de rendez-vous. En amont, ma mère me donne un peu d’argent de poche pour que je puisse m’acheter un sandwich thon-mayonnaise et un jus de maracuja. Elle sait toujours me dire à quelle heure, approximativement, elle serait présente — nous avons des forfaits limités, chaque SMS compte. Quelques minutes avant, je me dépêche de finir mon sandwich pour l’attendre dehors.

La rue étant à sens unique, je ne dois, et ne veux surtout pas, rater son passage.

Une fois, j’attends ma mère devant la vitrine, comme d’habitude. À peine quelques minutes — secondes ? — après, je sens une présence, puis aussitôt une intrusion sur mon avant-bras gauche. Effrayée, je sursaute et tourne immédiatement la tête.

En face de moi se tient, souriant, un vieillard aux cheveux blancs, à la peau rougie par le soleil, la bedaine apparente sous son t-shirt bleu ciel.

« C’est combien ? » me glisse-t-il avec obscénité.

Stupéfaite, pas un mot ne sort de ma bouche.

Au loin, j’aperçois la voiture de ma mère qui se rapproche. Je m’engouffre dedans et je ne dis rien.

J’ai 13 ans, je ne comprends pas ce qui vient de se passer.

Plus tard, durant cette même période, mes parents invitent un couple d’amis, dont je déteste l’homme, que nous appellerons Georges.

Munie d’un petit carnet, je m’amuse à demander aux invité.e.s le dessert qu’iels souhaitent. Ce jour-là, je propose à ce Georges un sorbet, à je ne sais plus quel parfum.

S’en suit un commentaire sur mes seins : « On dirait deux petites pommes. » Là encore, je ne dis rien.

Quelques heures après, il prétexte avoir besoin de moi pour chercher quelque chose dans sa voiture. Je me sens mal, mais je n’ose rien dire.

Là, il me plaque contre la carrosserie et je sens son corps flasque et lourd sur moi.

Encore une fois, je ne dis rien.

Je ne me débats pas.

J’ai 13 ans.

Ce n’est que bien plus tard que je réalise que rien de tout cela n’est normal.

C’est à cette époque que, face aux hommes plus âgés, j’apprends à cacher mon corps, à me faire petite et discrète, en priant qu’on ne me remarque pas.

Jadine Labbé Pacheco


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