Chlordécone aux Antilles : bientôt une nouvelle étude de l’Inserm sur la santé des femmes
Pesticide massivement utilisé aux Antilles jusqu’à son interdiction en 1993, le chlordécone continue de contaminer durablement les sols antillais. Alors que des effets sur la fertilité féminine sont mis en lumière, de nouvelles études cherchent à éclairer les liens entre exposition et pathologies propres aux femmes, comme l’endométriose.

Peut-on dire que le chlordécone joue un rôle réel sur la fertilité de la femme ?
Et parmi les facteurs de risque de cette infertilité, quelle est la place prépondérante de l’endométriose et d’autres pathologies propres aux femmes ?
Si aucune étude ne répond formellement à cette question, l’étude Karu Fanm, prochainement lancée par l’Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm), s’intéressera aux éventuelles pathologies provoquées par une exposition au chlordécone.
Pour y répondre, l’Inserm s’appuiera sur les femmes ayant participé au cours de leur grossesse à la cohorte mère-enfant Ti Moun, entre 2004 et 2007 (lire plus bas).
À l’époque, les femmes étaient âgées d’une vingtaine d’années. Désormais, elles sont quadragénaires. “Nous allons les ré-inviter à participer à cette nouvelle étude et leur demander quelle est leur histoire médicale. Bien-sûr, nous allons nous intéresser à toutes les pathologies propres à la femme qui ont pu se produire durant ces vint, vingt-cinq dernières années, comme les pathologies cancéreuses ou l’endométriose”, indique Luc Multigner, épidémiologiste et directeur de recherche émérite à l’Inserm.
“Cette étude vise à étudier, chez des couples qui consultent pour infécondité, les paramètres qui conditionnent la fertilité de la femme, comme la réserve ovarienne, la qualité des prélèvements d’ovocytes, mais aussi la présence de facteurs de risques médicaux qui peuvent avoir été associés à cette infécondité, comme par exemple l’endométriose ou le syndrome des ovaires polykystiques”, ajoute-t-il.
Elle devrait débuter au début de l’année 2027.
Un défi pour l’avenir de ces terres marquées ce scandale colonial
Pour Luc Multigner, « le chlordécone doit constituer un défi pour l’avenir et un véritable cas d’école, afin de faire toute la lumière sur cette affaire et d’en tirer des enseignements pour qu’elle ne se reproduise pas ».
Un scandale environnemental, sanitaire, social et économique, sur des terres marquées par l’esclavage et le colonialisme, dont les sols sont désormais contaminés pour les 500 prochaines années.
Jadine Labbé Pacheco
L’étude Karu Fartil établit le lien entre difficultés à concevoir un enfant et exposition au chlordécone | Publiée le 16 octobre 2025 dans la revue Environmental Health par une équipe de recherche de l’Inserm, cette étude a montré que l’exposition de la femme au chlordécone est associée à un allongement du délai nécessaire pour concevoir : entre 24 et 28 %. “Obtenus grâce aux données de la cohorte mère-enfant Timoun, recueillies en Guadeloupe auprès de 668 femmes enceintes, ces résultats suggèrent fortement que cet insecticide pourrait nuire à la fertilité des femmes”, précise l’Inserm. « Plus les femmes ont été exposées à des niveaux élevés de chlordécone, plus elles ont mis de temps à concevoir leur enfant », résumait alors Luc Multigner.
Les premier.e.s concerné.e.s sur le front | Le Collectif des Ouvrières et des ouvriers Agricoles est né de la lutte menée par les agricultrices Josette Bomaré et Gisèle Gros, qui ont consacré leur vie à défendre les droits des travailleurs et travailleuses agricoles de la Martinique et la Guadeloupe. Il se bat pour : une reconnaissance officielle de toutes les maladies professionnelles (masculines, féminines et infantiles) liées à l’exposition au chlordécone ; une indemnisation juste pour les ouvrier.e.s agricoles et leurs familles ; Des actions concrètes de dépollution et de réhabilitation des terres contaminées ; L’accès à des soins médicaux adaptés pour les victimes.
Des actions politiques | Mis en place à partir de 2005, des arrêtés préfectoraux limitent la culture de certaines denrées alimentaires sur des sols et littoraux pollués. Mais ces dispositifs ne s’appliquent qu’aux activités consacrées à la vente auprès du public et non pas des productions issues d’un terrain privé. Depuis 2009, le programme JaFa, propose pour les particuliers des analyses gratuites des sols en Martinique et en Guadeloupe afin de savoir s’ils sont pollués par le chlordécone. Des conseils et des solutions sont ensuite proposés pour réduire l’exposition au chlordécone, issues des recommandations de l’Agence nationale de sécurité sanitaire (Anses) et des travaux de recherche agronomique menés par le
Centre de coopération internationale en recherche agronomique pour le développement (Cirad) et l’Institut national de recherche pour l’agriculture, l’alimentation et l’environnement (INRA). Le site internet chlordecone-info.fr réunit quant à lui un ensemble d’informations autour de ce polluant et les actions de l’État.
Nous nous efforçons, autant que possible, d’interviewer exclusivement des femmes issues de nos diasporas. Lorsque cela n’est pas possible, nous veillons à traiter l’information en mettant systématiquement en lumière les problématiques des femmes ultramarines.




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