Dans L’esclavage raconté à ma fille, Christiane Taubira invite à lire l’histoire des personnes esclavisées
L’esclavage raconté à ma fille est un essai écrit par l’autrice guyanaise, Christiane Taubira, publié en 2002.

L’esclavage racontée à ma fille prend la forme singulière de la retranscription d’une entrevue. Les lecteur.ices slaloment entre les questions d’une fille qui oscillent entre interrogations, exclamations et légères provocations, et les réponses d’une mère emportée par son discours passionné.
Le titre et ce format particulier pourraient laisser penser que l’autrice se voudrait pédagogue pour de jeunes enfants, mais il n’en est rien. Le langage riche et soutenu de Christiane Taubira semble bien s’adresser à toutes les « filles » qui se sont construites autour d’une histoire louvoyée de la traite et de l’esclavage.
Ancienne ministre de la Justice, garde des Sceaux, dans cette œuvre, elle se fait l’avocate des victimes à qui l’Histoire a volé la mémoire. Le ton est donné dès l’introduction. Elle renvoie la France esclavagiste à ses crimes, amoindris par une histoire coloniale faussement repentante.
Une réflexion sur l’histoire, la mémoire et la justice
« Nous devons interroger cette Histoire afin que les jeunes générations détectent les liens entre le racisme ordinaire et ses sources historiques, et qu’elles comprennent que la République a besoin de leur vigilance et de leur exigence. »
Pour cela, elle questionne l’épistémologie, la religion, la philosophie, la science, les réparations, mais aussi le rôle des femmes « verticales et magistrales ». Elle se veut fière descendante des « avorteuses » et « empoisonneuses ». C’est sans hypocrisie qu’elle se reconnaît partisane des dominé.es, bafoué.es, torturé.es, esclavisé.es.
Ce livre témoigne de la grande érudition de son autrice. Tout au long du texte, les citations fleurissent, allant de Louis Delgrès à Aimé Césaire. Bien que Christiane Taubira soutienne l’impossible objectivité lorsque l’on parle de sociétés humaines, son argumentaire fait preuve d’une forme de justice en s’efforçant de présenter les deux faces d’une même pièce.
C’est tout de même sur une note d’espoir qu’elle achève son appel à la prise de conscience et à la résistance : « Pour les âmes vaillantes, l’utopie n’a jamais que quelques années d’avance. »
Moïra Berton





Laisser un commentaire