De la table des hommes à l’écrin des femmes : la joaillière Krysten Pautremat refaçonne les codes du domino

Une table, des chaises en plastique – identiques à celles sur la pochette de l’album DeBÍ TiRAR MáS FOToS de Bad Bunny – et un jeu de dominos. Si vous êtes Guadeloupéen.ne, Martiniquais.e ou Guyanais.e, l’image vous parle immédiatement. Et quand vous y pensez… voyez-vous des femmes ou des hommes autour de cette table ?

Traditionnellement associé au genre masculin, le domino devient ici le terrain de jeu de la joaillère guadeloupéenne Krysten Pautremat. Avec sa collection de bijoux « Dominos », elle se réapproprie ce symbole fort de l’identité caribéenne.

Née d’une mère guadeloupéenne et d’un père père breton, Krysten s’inspire de son héritage maternel pour créer des pièces qui célèbrent son héritage culturel.

Krysten Pautremat, diplômée de La Martinière Diderot et de
Société d’enseignement professionnel du Rhône a créé sa marque de bijoux en 2024.

« Quand j’étais plus jeune, je voyais mon oncle jouer aux dominos…J’ai aussi moi-même joué aux dominos, ils font partie de mon histoire… J’avais envie de montrer cette autre facette de la Guadeloupe, où la nouvelle génération de femmes déconstruit les codes », explique-t-elle.

Un travail d’orfèvre teinté de symbolisme

Dans le détail du processus de création, les doubles six se font face. « Le six porte bonheur, l’idée était d’avoir un bijou qui porte bonheur, un peu comme un fétiche », confie la bijoutière.

Chaque domino est ainsi pensé autour d’un « double-jeu ». Une réflexion autant émotionnelle qu’esthétique.

Or, symbole de l’identité de nos grands-mères

Chaque bijou est en plaqué or 18 carats, un choix qui tient compte des réalités économiques, mais surtout culturelles.

« On ne retrouve pas cette préciosité dans l’Hexagone. L’or ne vient pas de l’Hexagone, c’est un matériau qui provient d’une partie de chez moi », rappelle-t-elle.

Un matériau que nous avons tous vus sur nos mamies, mamans ou tantes.

« Ma grand-mère portait beaucoup de bijoux en or. Dans la Caraïbe, ces bijoux se transmettent de mère en fille. Les anciennes générations caribéennes nous ont donc transmis ce lien à l’or, qui perdure encore aujourd’hui », analyse Krysten.

Pour sa collection, elle propose une paire de boucles d’oreilles et un pendentif.

Ils sont disponibles ici.

Jadine Labbé Pacheco


Une brève histoire du domino | S’il n’est « pas facile de savoir d’où viennent les dominos », « une origine chinoise est souvent avancée car il existe en Chine des dominos fort anciens », indique Thierry Depaulis, ingénieur au Conservatoire national des arts et métiers et historien du jeu, dans une définition qu’il apporte à l’Encyclopédie Universalis. La première mention de ce jeu en France apparaît dans un article du journal L’Avant-Coureur du 1er avril 1762, où il est écrit : « Ce jeu s’appelle le jeu du domino, nom emprunté du Carnaval pendant lequel il a régné. Il est composé de vingt et une cartes marquées chacune d’un des points des dés du trictrac ». Ce jeu de 28 pièces rectangulaires blanches en ivoire, serties de points noirs, fait partie intégrante de la culture caribéenne. Il est souvent l’apanage des hommes qui, assis autour d’une table, font claquer les dominos tout en buvant un (ou plusieurs) verres de rhum.


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