Guadeloupe : La Kréyol Pride, une marche pour la visibilité des personnes queer caribéennes

La Kréyol Pride est organisée par l’association Secret’s Out, à Basse-Terre, en Guadeloupe, ce samedi 25 juillet 2026.

La Kréyol Pride vise à fédérer tous les membres de la communauté. © Kréyol Pride

« Fier·e·s ici. Visibles partout. » C’est un des slogans qui résonnera sans doute dans les rues de Basse-Terre, lors de la Kréyol Pride, prévue ce samedi 25 juillet 2026.

À l’origine de cet événement, Leïla, fondatrice de l’association Secret’s Out, qui « rassemble des membres de la communauté LGBT+ » en Guadeloupe.

« L’idée de créer une Pride remonte à plusieurs années », explique-t-elle. Plusieurs tentatives ont été lancées sans jamais aboutir à une grande marche visible dans l’espace public. « Une première marche a eu lieu dans les années 1980-1990, mais ils étaient une dizaine. Une autre a ensuite été organisée, mais sans rassembler l’ensemble de la communauté », raconte-t-elle.

Avec Secret’s Out, Leïla a elle aussi essayé de mettre en place une Pride, sans succès dans un premier temps. « Avant, nous sentions que nous n’étions pas encore prêt·e·s : nous organisions des événements, mais sans afficher le lieu. Aujourd’hui, nous estimons avoir mené suffisamment d’actions de sensibilisation autour des réalités LGBT+ pour que la société guadeloupéenne soit prête à accueillir une Pride », explique-t-elle.

Plusieurs freins à une marche longtemps attendue

Pour Leïla, plusieurs facteurs expliquent pourquoi une telle marche n’avait pas encore vu le jour.

Elle évoque d’abord le manque de visibilité des personnes LGBT+ dans l’espace public, notamment dans les médias. « Il n’y avait pas d’actions, de prises de parole ou de communication visibles dans les médias », souligne-t-elle.

Elle rappelle également que « les anciennes générations ne s’affichaient pas et ressentaient donc moins cette question de la visibilité ». À cela s’ajoute, selon elle, une certaine pudeur propre à la société antillaise. « Nous sommes pudiques, même dans le milieu hétérosexuel : on voyait peu de couples se tenir la main dans la rue. »

Leïla évoque aussi le poids des croyances magico-religieuses, qui ont pu freiner l’affirmation des identités LGBT+. « Des personnes ont pu faire leur coming out dans le passé, puis ont dû aller « en dessous de la rivière » pour faire un bain », illustre-t-elle. Sans oublier, bien sûr, l’homophobie, qui a longtemps dissuadé de nombreuses personnes de s’afficher publiquement.

Une marche par et pour les personnes LGBT caribéennes

Pour Estelle Prudent, fondatrice du collectif d’artistes racisé.e.s Queer Super Power et marraine de cette Kréyol Pride, cette marche poursuit plusieurs objectifs.

« Nous souhaitons que la marche des fiertés soit portée par et pour les personnes LGBT caribéennes. Elle affirme la visibilité des corps, des identités et des luttes queer dans un territoire marqué par l’histoire coloniale, les violences systémiques et les silences imposés »

Cette Pride se veut à l’image de la Guadeloupe : elle entend célébrer les identités et les multiples racines culturelles de l’archipel dans un esprit à la fois festif, fédérateur et sécurisant. L’ambition est également de renforcer les liens avec les communautés LGBT+ des îles voisines et de faire de cette première édition un rendez-vous caribéen.

Jadine Labbé Pacheco


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