Cousinade des Golitin : Rose, aux origines de notre famille
La cousinade des « Golitin & Co » a rassemblé plus de 350 membres de la famille Golitin, en Guyane, le samedi 24 octobre 2026. À la suite de cette journée de retrouvailles, nous souhaitons rendre hommage à Rose, la première ancêtre connue des Golitin, arrachée à ses terres natales sur le continent africain pour être esclavisée en Guyane, au cours du XVIIIᵉ siècle.
Cet article a été écrit par Jadine Labbé Pacheco-Golitin, elle-même descendante de Rose.

« Nou pronmyè ansèt ici a Rose yé té ka rélé li, Yé alé pren’l a so koté, o SÉNÉGAL i té né, anchènè’l ké mènè’l vini pou fè’l servi esclav icI.
Rose SAUNIER nou ka di’w mêci pask’a di to nou tout’ soti. A to ki sa manman Jean-Louis, nou pronmyé ansèt’ ki né ici.
Di ki moun’ mo ka palé, ki fanmi mo ka chanté ?
Roun gran fanmi di LAGWIYANN… LA FANMI GOLITIN. »
Cette chanson, interprétée par Amour, a été dévoilée pour la première fois lors de la cousinade Golitin & Co, samedi 24 octobre 2026. En musique, Amour rend hommage à Rose, dite Saunier, la première ancêtre connue de la lignée Golitin.
Sans doute née au milieu du XVIIIe siècle, quelque part sur le vaste continent africain — peut-être à l’Ouest, peut-être au Sud —, Rose a été arrachée à sa terre pour devenir esclave sur les terres guyanaises.
« J’ai écrit cette chanson en imaginant sa vie, à l’époque, et comment elle a dû trimer pendant l’esclavage car quand on m’a raconté l’histoire de cette jeune fille arrivée en Guyane à 15 ans, j’ai ressenti beaucoup d’émotion. Je me suis identifiée à elle, parce que j’aimerais avoir la force qu’elle a eue pour supporter sa condition et accéder à la liberté », explique l’artiste.
« Pour moi, Rose est vraiment à l’origine de cette famille, car on ne sait pas qui est le père de ses enfants. On ne parle jamais de lui. »
Dans le public, Muriel, venue de l’Hexagone, acclame sa cousine, les mains levées. « Ça me bouleverse de savoir que la première ancêtre connue était une femme. Dans mon enfance, j’ai toujours vu dans les films que les esclaves étaient des hommes musclés. Je ne m’imaginais pas qu’une fille de 15 ans ait pu arriver dans les mêmes conditions, voire dans des conditions pires que celles des jeunes hommes », témoigne-t-elle.
Les paroles de Muriel sont bientôt interrompues par les notes de kasékò qui résonnent dans l’immense carbet de la ferme Zulemaro. Dans un élan de joie, elle noue une kamiz en tissu madras autour de ses hanches et rejoint le cercle de danse. Très vite, d’autres personnes la rejoignent pour partager ce moment festif.
« Nous avons besoin de nous retrouver, de reconnaissance, de nous sentir fortes dans cette société où nous sommes malmenées de tous les côtés », témoigne Muriel, avant d’ajouter : « Je suis très fière et très heureuse d’appartenir à cette lignée ».

Une exposition sur la lignée
Cette lignée est retracée à travers une exposition composée de plusieurs panneaux. Ceux-ci racontent l’histoire de la famille depuis l’arrivée de Rose en Guyane, à partir des informations disponibles dans les archives. Devant le texte consacré à Rose, Marie-Claude s’arrête, pensive.

« Les anciens ne parlaient pas beaucoup… C’est la première fois que j’entends parler de Rose. Je vois qu’elle a fait un grand périple pour arriver jusqu’ici, et c’est grâce à elle que nous sommes tous là aujourd’hui », partage-t-elle, émue.
Pour elle, « Rose était une femme très courageuse ». Un courage qui se serait transmis de génération en génération. Avec aplomb, Marie-Claude lance dans un éclat de rire : « Les femmes Golitin ont beaucoup plus de courage que les hommes ! »
Et si Marie-Claude a pu participer à cette cousinade, c’est grâce à une vidéo découverte sur TikTok.
À l’initiative de la cousinade
En juin 2026, Lucie publie sur ses réseaux sociaux une vidéo qui devient virale. Elle y raconte un rêve un peu fou : rassembler le maximum de Golitin lors d’une cousinade XXL. « J’avais beaucoup de mal à me situer dans cette immense famille et même si je n’ai pas grandi en Guyane, je me suis toujours sentie Guyanaise », raconte-t-elle.
En organisant cette « cousinade 2.0 », elle poursuit finalement un travail entrepris par les gangans. En 1988, une première rencontre a eu lieu à Trou-Poisson. Parmi les personnes présentes se trouvait Josie, alors âgée de 7 ans.
« La première grande rencontre familiale s’est tenue dans la maison familiale de ma grand-mère », raconte-t-elle. « Je ne voudrais pas inventer des souvenirs précis de cette rencontre si ma mémoire ne me permet pas de les restituer fidèlement. Mais ce qui me marque aujourd’hui, avec le recul, c’est de réaliser que des membres de notre famille avaient déjà compris, bien avant nous, l’importance de nous réunir autour de notre histoire commune. »
Cette histoire commune, Josie s’attache à la raconter avec l’association Konnét to fanmi Golitin, qu’elle a créée en novembre 2019. Son objectif : « maintenir ce lien familial qui nous unit, malgré les distances, les différences de caractère et les épreuves de la vie ».
Josie agit aussi pour sa fille Cyrielle et toutes les nouvelles générations, à qui elle souhaite léguer « une mémoire, une identité, des valeurs et la possibilité de continuer à écrire cette histoire, ensemble ».
Jadine Labbé Pacheco
Les gardiennes de la mémoire, du lien et de la transmission
Sur le parking de la ferme Zulemaro, en Guyane, des groupes vêtus tantôt de bleu, de rose ou de marron arrivent par poignées. On se salue en rigolant, timidement ou avec assurance. « Ah, tu es aussi de la descendance de Théodose ? » m’entends-je demander à une femme vêtue de rose. Pour distinguer les différentes descendances de nos ancêtres et permettre à chacun.e de reconnaître sa lignée, la team orga a instauré un code couleur.
À l’accueil, Cassandra, Adeline et Célie scannent les billets et distribuent à chaque participant.e une écocup floquée Golitin ainsi qu’un bracelet rose.
Une fois à l’intérieur, un arbre généalogique de douze mètres de long, réalisé par Juliana et Josie, attire les regards.
Plus loin, une exposition imaginée par Lucie retrace l’histoire de la lignée.
À l’heure du déjeuner, une ribambelle de femmes de tout âge s’active au service : Evelyne, Danielle ou encore Josie veillent à ce que tout se déroule bien. Au menu : pimentade de bœuf, colombo, haricots rouges à la queue de cochon, du riz blanc, mais surtout du couac d’Iracoubo, faut-il le préciser ?
Les spectacles sont eux aussi animés par des femmes. Parmi elles, Caroline, Yvane et Lounashan, la plus jeune, âgée de seulement 3 ans.
Un concert est ensuite donné par Amour. Puis la piste de danse est investie par une majorité de femmes, comme Muriel, Nathalie ou Mava.
Lors de son discours, Josie, présidente de l’association Konnét to fanmi Golitin remercie chaque membre du bureau. Elle adresse ensuite ses remerciements aux personnes de la team orga, notamment Lucie, Kassandra, Juliana, Célie et les autres bénévoles.
Sans les femmes de la lignée, cette rencontre n’aurait sans doute pas eu lieu. Chez les Golitin, comme dans de nombreuses familles, le lien familial repose surtout sur le travail de toutes ces mains. Des mains qui travaillent avec force et amour. Des mains qui organisent et nourrisent. Des mains qui transmettent et rassemblent.
Un travail parfois invisible ou peu reconnu, mais qui permet aux liens familiaux de se perpétuer de génération en génération.
Alors aujourd’hui, moi, Jadine, je tiens à remercier toutes les femmes de cette grande famille guyanaise qui ont permis l’organisation de ce beau moment en famille.
Merci à l’ensemble des personnes qui ont contribué à la réussite de cette journée.
Lettre ouverte de Josie Golitin,
présidente de l’association Konnét to fanmi Golitin
Quand on parle de généalogie, on a parfois tendance à retenir les noms des hommes, les filiations officielles et les dates. Pourtant, derrière chaque génération, il y a aussi des femmes qui ont porté la vie, élevé les enfants, transmis les valeurs, conservé les souvenirs et maintenu les liens, souvent dans des conditions difficiles.
L’histoire de Rose nous invite justement à regarder notre passé autrement. Son parcours nous rappelle que certaines femmes ont vécu des réalités douloureuses, notamment celles liées à l’esclavage, et que leur histoire mérite d’être racontée avec dignité.
Je ne veux pas que Rose soit uniquement un nom dans un arbre généalogique. Je veux que nous nous interrogions sur la femme qu’elle a été, sur ce qu’elle a traversé et sur la place qu’elle occupe dans notre histoire.
Les femmes GOLITIN d’aujourd’hui poursuivent, à leur manière, cette œuvre de transmission. Nous organisons, nous recherchons, nous rassemblons, nous racontons. Nous essayons de faire en sorte que les liens ne se perdent pas et que nos enfants puissent comprendre l’histoire dont ils sont les héritiers.
Je crois profondément que la force d’une famille ne repose pas uniquement sur ses ancêtres, mais aussi sur la capacité de ceux qui sont vivants à faire vivre leur mémoire.
Parce qu’une histoire qui n’est pas racontée risque de disparaître.
Nous ne pouvons pas demander aux jeunes de se sentir attachés à leurs racines si nous ne leur donnons pas les moyens de les connaître. La transmission ne consiste pas seulement à leur donner des noms et des dates. Elle consiste à leur expliquer d’où vient leur famille, ce que leurs ancêtres ont traversé, les lieux qui ont marqué leur histoire et les valeurs que nous souhaitons préserver.
C’est pour cela que nous avons voulu donner à cette cousinade une dimension culturelle, historique et généalogique, avec une exposition, un travail autour de notre arbre généalogique et des moments de partage entre les générations.
Je souhaite que les enfants puissent garder cet héritage avec fierté, mais aussi avec lucidité.
Connaître son histoire, c’est comprendre les épreuves du passé, mesurer le chemin parcouru et prendre conscience de la responsabilité que nous avons envers ceux qui viendront après nous.
Nous ne transmettons pas uniquement un nom de famille. Nous transmettons une mémoire, une identité, des valeurs et la possibilité de continuer à écrire cette histoire ensemble.
Mon souhait le plus profond est que, dans plusieurs années, nos enfants et nos petits-enfants puissent à leur tour organiser une cousinade, se retrouver, raconter l’histoire de Rose et faire vivre ce lien familial.
Si nous réussissons à leur donner cette envie, alors nous aurons accompli quelque chose de véritablement important.
Car une famille ne se résume pas à ceux qui nous ont précédés : elle se construit aussi avec ceux qui sont là aujourd’hui et ceux qui viendront demain. Et tant que nous continuerons à nous retrouver, à nous écouter et à transmettre notre histoire, notre mémoire restera vivante ».





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