Avec Kaloubadya, Marine Sigismeau se libère de traumatismes intergénérationnels

Dans « Kaloubadya », Marine Sigismeau entreprend un travail de libération des lourds héritages transmis dans sa famille de génération en génération.

Elle plonge dans l’océan, comme elle plonge dans les souvenirs de sa famille. À l’écran, Marine Sigismeau caresse de ses mains les ondes bleutées de son île natale. Alors qu’elle glisse peu à peu vers les profondeurs de l’océan Indien, une force la ramène vers les rayons du soleil. À la surface, elle respire enfin.

La Réunionnaise explore les héritages transgénérationnels de sa famille à travers Kaloubadya, un long-métrage de 56 minutes, co-écrit avec Julien Fleurance et diffusé par Canal+ Réunion.

« Ce projet est né d’une grosse dépression suivie d’une thérapie de deux ans… Je m’étais rendue compte que je portais en moi le poids de non-dits. Avant un voyage à La Réunion, alors que j’étais particulièrement angoissée, ma thérapeute m’a conseillé de filmer mon séjour », confie-t-elle.

Caméscope en main, elle capture sur place les moments de rencontre avec chacun des membres de sa lignée. De ces images naît le documentaire, pensé avec son cousin, Julien Fleurance.

Ensemble, ils retracent les schémas répétitifs de la famille : désengagement des hommes dans les familles, silences et non-dits, relations houleuses entre mères et filles, problèmes d’argent, violences, deuils non acceptés.

Une histoire collective

Alors que défilent les portraits, une scène puissante marque les esprits. Au bout d’un chemin dessiné au milieu des champs de canne, une enfant retrouve un groupe de femmes portant chacune une photo d’un.e aïeul.e. Derrière elles, une salle verte brûle pour ne laisser que des cendres.

Symbole du mariage, vécu comme une libération ou un enfermement, chacune se défait de ces liens.

Finalement, « cette histoire familiale est commune à beaucoup de Réunionnais.e.s », analyse Marine Sigismeau.

« Kaloubadya signifie “affaire de sorciers” et désigne quelque chose de pas clair qu’il faut démêler. Dans ma famille, comme dans beaucoup de familles réunionnaises, nous descendons d’esclaves, mais aussi de colons et d’engagé.e.s… Ça donne un Kaloubadya »

Guérir ses traumas, briser un cycle

Pour défaire ses liens, Marine a entrepris un travail intergénérationnel avec Doris Volnay, psycho-généalogiste réunionnaise (lire pl). L’idée étant de « porter notre valise jusqu’au bout, en faisant en sorte qu’elle soit la plus légère possible ».

Un travail bienvenu avant la naissance de son enfant. Car, sans le savoir, Marine a tourné les images du film alors qu’elle était enceinte de trois mois. « Je ne sais pas si ce travail m’a permis de briser un cycle, mais il m’a apporté énormément de paix. J’espère que ma fille en portera les fruits. »

Jadine Labbé Pacheco

Doris Volnay : « La psychogénéalogie, c’est l’étude des schémas inconscients qui se transmettent de génération en génération »

« À La Réunion, nous sommes tous descendants d’une histoire lourde : l’esclavage. Les personnes esclavisées ont subi beaucoup de traumatismes, qui ont donné d’autres traumatismes que l’on retrouve chez leurs descendants », rappelle Doris Volnay, psycho-énergéticienne. Depuis 2019, la Réunionnaise accompagne les femmes racisées, notamment Afrodescendantes et Indodescendantes, à travers des soins du ventre. 

« La psychogénéalogie, c’est l’étude des schémas inconscients qui se transmettent de génération en génération », explique-t-elle. « Un stress extrême et prolongé peut modifier l’expression génétique. Ça ne change pas l’ADN, mais l’expression des gènes. Ces modifications peuvent être transmises aux descendants ».

Chez les descendant.e.s, cela peut se traduire par « de l’anxiété, de la dépression, un sentiment d’insécurité dans la vie et des problèmes de santé physique ». « Un fœtus d’une mère qui a des traumatismes et qui libère différentes hormones du stress peut hériter du trauma dans l’expression de son ADN. C’est la conséquence de la libération d’hormones du stress, qui affecte le système nerveux du fœtus », explique Doris.

Libérer la charge ancestrale et s’appuyer sur la transmission des forces

« Pour libérer la charge ancestrale, il est donc important de passer par le corps, en plus du mental », rajoute-t-elle. Cette libération passe par des mouvements, mais aussi par la respiration et des soins à travers le toucher, notamment du ventre. Et parce que nos ancêtres ne nous transmettent pas que des traumatismes, Doris appuie sur les forces qui participent à la construction de notre identité. 

« Souvent, on pense aux poids, mais je pense aussi à toutes les qualités et les compétences qu’on a dans nos lignées, qu’on prend souvent pour acquises et qu’on ne veut pas regarder, car on a tendance à tout jeter dans le même sac. »


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Une réponse à « Avec Kaloubadya, Marine Sigismeau se libère de traumatismes intergénérationnels »

  1. Avatar de wondrousrunaway51d14a916c
    wondrousrunaway51d14a916c

    Merci pour ce très bel article !

    J’aime

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