« Il n’y a pas de zouk sans les femmes »
Dans nos sociétés postcoloniales, le zouk fait partie intégrante de nos cultures et de nos identités. Porté par de nombreuses voix féminines, ce genre musical aborde également des questions sociétales et politiques propres aux femmes.

« Fanny J, Princess Lover, Kim… Il n’y a pas de zouk sans les femmes », rappelle Sonya Hibiscus, fondatrice et co-fondatrice du collectif Grand Bal Zouk. « Il y a des voix de femmes immédiatement reconnaissables qui donnent une identité au zouk ».
Si les sonorités du zouk sont souvent associées à la douceur et à la romance, les artistes portent aussi des messages forts, des engagements politiques et des réflexions sur nos identités caribéennes et les sociétés postcoloniales. Jocelyne Béroard, Tanya St-Val ou encore Edith Lefel ont ainsi joué un rôle pionnier dans la transmission de ces messages.
« Lè’w wé an nonm ka bat fanm, sa fè mwen mal, Ti manmay-la ka pléré, Woy sa fè mwen mal, Manman’w ja las souffè, sa fè mwen mal, di mwen ki sa pou fè ba’w, woy sa fè mwen mal »
Dans Somnifère sorti en 1996, Edith Lefel dénonce les violences conjugales en chantant qu’« il y a trop d’hommes sur terre qui ne respectent pas les femmes ».
La relève de la nouvelle génération
Deux décennies plus tard, une nouvelle génération d’artistes assure la relève. Elle est notamment incarnée par Maurane Voyer, Ronisia ou Aya Nakamura qui s’inscrivent dans l’héritage musical du zouk.
« Ce sont elles qui portent désormais les couleurs du zouk. C’est une méga responsabilité, mais elles le font très bien », estime Sonya Hibiscus.
Pour du zouk toute l’année
Mais si le zouk s’est largement exporté dans l’Hexagone, il reste encore trop souvent associé aux tubes de l’été. « Nos succès sont liés à des tubes estivaux. On entre dans une forme de saisonnalité qui donne envie de consommer cette musique à la plage », analyse Guylaine Cléry, manageuse d’artistes (Édith Lefel, Kaysha, Lynnsha, Tanya St-Val, entre autres), lors de l’événement Zouk Is Not Dead organisé par Diaspologies à la Gaîté Lyrique en avril dernier.
Pourtant, souligne-t-elle, « à chaque fois que des médias ont valorisé le zouk et l’ont diffusé auprès d’audiences de grande écoute, cela a rencontré un véritable succès ».

Pour les défenseur.euse.s du genre, le zouk ne devrait plus être réduit à une période de l’année ou à une bande-son estivale. Il mérite d’être pleinement reconnu comme un élément du patrimoine, voire du matrimoine, musical français.
Le zouk, encore victime de mépris
Né dans la Caraïbe francophone à la fin des années 1970, le mot « zouk » désigne d’abord un dancing ou une salle de bal. Il renvoie également à un mouvement culturel et politique.
Sa rythmique puise ses origines dans le bèlè martiniquais, le gwo ka guadeloupéen, mais aussi dans d’autres genres musicaux tels que la biguine, le jazz ou encore le calypso.
Encore aujourd’hui, le zouk demeure parfois « victime d’un regard empreint de mépris » dans l’Hexagone, comme le souligne le collectif Piment dans Le Dérangeur, petit lexique en voie de décolonisation.
« Ceux qui ne connaissent pas le zouk vont souvent l’essentialiser et le renvoyer à une forme d’exotisme à travers certaines figures emblématiques comme Kassav’ ou Franky Vincent », explique Jahni Joisin, co-fondatrice du Grand Bal Zouk, autrice du mémoire de musicologie Tempèt kréol ou la place du zouk dans le répertoire des musiques actuelles et à l’origine de l’exposition du même nom.
Dès ses premières recherches, Jahni dresse un constat : les archives consacrées au zouk sont rares. Pour retracer cette histoire, elle a notamment mené des entretiens avec historien.ne.s, artistes et producteur.ice.s.
Un Grand Bal Zouk par et pour nous
Avec le collectif Grand Bal Zouk, fondé à Paris en 2023 avec Sonya Hibiscus, les deux jeunes femmes se réapproprient le zouk afin d’engager un travail de mémoire autour du zouk, de rassembler un public autour des identités plurielles caribéennes et de créer un espace safe pour les personnes issues des diasporas mais aussi pour toutes celles et ceux qui souhaitent découvrir cette culture.
À travers soirées, conférences et autres événements, elles participent à faire vivre une mémoire encore trop peu documentée.
Les programmations accordent une place importante aux femmes, avec une véritable parité, voire une majorité d’artistes féminines. Dans les sélections musicales imaginées et mixées par Sonya Hibiscus, les voix de femmes occupent une place centrale.
Une manière de rappeler que les femmes n’ont pas seulement accompagné l’histoire du zouk : elles l’ont façonnée.
Jadine Labbé Pacheco
Un Grand bal zouk au Point Éphémère | « J’ai vu l’évènement passer sur les réseaux, je trouve ça cool qu’il existe un moyen de faire connaître le zouk aux yeux de tous ! Je suis venue avec mes copines, le tout c’est de kiffer », témoigne Ludivine, éventail en tissu madras en main. Organisé au Point Éphémère, le samedi 13 juin 2026, le Grand Bal Zouk a attiré pléthore de fans de zouk. Des sons que Lauryne connaît depuis toute petite. « Mes parents écoutaient déjà du zouk, ça m’a appris l’amour, la patience et l’acceptation », raconte-t-elle. Pour Inès, « toutes les stars actuelles comme Ronisia, Aya ou même Guy2Bezbar ont un son qui reprennent les sonorités du zouk…Le zouk est bien plus grand qu’on ne le croit ! ».






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