L’ÉDITO DE FANM MÉDIA : Nous célébrons les pères présents, non-violents et féministes.
Ce dimanche 21 juin 2026 nous célébrons la fête des pères, une année de plus. De nombreux pères sont mis à l’honneur en ce jour. Fanm s’est interrogé sur la réalité des paternités dans nos territoires ultramarins.
Concurrente directe de l’incontournable bal paré masqué de Guyane, la fête des pères est l’occasion d’assister à l’une des plus impressionnantes mascarades de ce mois. Les plus beaux déguisements d’hommes mûrs sont de sortie. L’accessoiriste réalise une nouvelle fois une excellente performance. Entre téléphones et adresses retrouvés, masques de héros et accoutrements d’adultes, c’est assez déconcertant d’observer tous ces garçons, longtemps demeurés amnésiques, devenir pères le temps d’une journée. Cette étrange affaire nous permet de nous interroger sur les pères, que nous souhaiterions voir éduquer les enfants de nos sociétés ultramarines.

Les pères poto mitan
Dans Être fanm poto-mitan, entre l’idéal sacrificiel et symbole de fortitude : regards pluridisciplinaires et analyse critique féministe publié en 2025, Océane Gbogbohoundada, doctorante en psychologie, évoque l’importance des premiers travaux académiques sur la femme poto mitan. En 1998, ces travaux soulignaient « la place centrale des femmes dans la vie économique, sociale et familiale de la société haïtienne ».
La chercheuse, originaire de la Guyane, précise également que ces femmes qui existent en Guadeloupe, en Guyane et en Martinique, sont confrontées à des formes croisées de racisme, sexisme et colonialisme. Elles sont en proie à l’anxiété, aux symptômes dépressifs et à l’épuisement émotionnel. Ce constat semble assez logique lorsque l’on comprend que le poto mitan est le mur porteur de la maison créole.
S’il faillit, l’habitation risque l’effondrement catastrophique. Or, s’il y en a plusieurs, une adaptation temporaire peut-être envisagée le temps d’effectuer les réparations nécessaires. Ce calcul enfantin ne suffirait-il pas à motiver des hommes à devenir des piliers dans leurs familles ?
Nous voulons des pères poto mitan.
Les pères adultes
La charge mentale des mères n’est plus à démontrer. Gérer le quotidien des enfants appartient à beaucoup de femmes élevant seules leurs enfants. D’après une étude de l’INSEE, en 2023, dans les Outre-mer, 47% des familles suivent un modèle monoparental dont la grande majorité est composée d’une mère élevant seule son ou ses enfant.s. La répartition de cette charge, tristement logique dans ce cas, n’en devient que plus aberrante lorsqu’elle continue de peser dans des foyers où le père est présent.
Au delà des considérations évidentes telles que les rendez-vous médicaux ou la gestion du dîner, n’est-ce pas aussi le rôle du père de faire des recherches sur la meilleure façon d’élever son enfant ?
Trop de femmes endossent encore la responsabilité de la « bonne » conduite de leurs enfants et sont tenues pour seules responsables de leurs écarts. Devenir mère ne devrait jamais être le diplôme d’accès au métier d’éducatrice de nouveaux papas.
Nous voulons des pères adultes.
Les pères présents
Les chiffres évoqués montrent une absence physique du père dans beaucoup trop de familles ultramarines. Dans les conclusions de l’étude de l’INSEE « Dès sa première année, un enfant sur deux vit dans une famille monoparentale en Guyne », en 2021 : « la résidence alternée est très marginale dans la région ».
En 2023, un rapport du Sénat sur la parentalité dans les outre-mer explique que « les pères interviennent peu dans l’éducation des enfants au quotidien. Ils n’habitent parfois pas le domicile familial, ce qui est à mettre en relation avec la fréquence du multi-partenariat masculin aux Antilles et en Guyane ».
Quelques semaines plus tôt, nous évoquions avec Dominique Floret, docteure en psychologie, la paternité brisée des hommes comme un traumatisme de l’esclavage.
Il est peut-être temps de reconnaître qu’une anomalie perdure dans l’organisation des familles et des sociétés ultramarines. Ce n’est pas acceptable pour l’école d’appeler spontanément la mère en cas de difficultés avec un enfant et pour le père de répondre : « Appelez sa mère, moi je ne sais pas. ». *
Nous voulons des pères présents.
Les pères non-violents
En 2018, une enquête démographique Violences et rapports de genre dite Virage est réalisée aux Antilles et à la Réunion sur les violences intra familiales avant les 18 ans. Il en ressort que ce sont les femmes qui sont le plus souvent victimes de ces violences intra familiales.
Lorsqu’il s’agit de violences psychologiques et verbales et violences physiques, les pères en sont les principaux auteurs. Alors qui appelle-t-on « père » aujourd’hui ? Nous élevons beaucoup trop de jeunes femmes dans l’acceptation des violences et des humiliations. D’après une publication du gouvernement français en 2024 sur la lutte contre les violences faites aux enfants, « la maltraitance [des enfants] peut générer des difficultés relationnelles, de la colère, de l’angoisse, ou encore de la détresse. » Nos enfants et surtout nos filles méritent de grandir en sécurité dans un environnement sain, avec des pères non violents.
Nous voulons des pères non violents.
Les pères féministes
Dans nos sociétés matrifocalisées, il appartient aux hommes d’embrasser pleinement leurs rôles de pères. Un père féministe est un père qui se bat pour l’équité des genres. Un père qui montre et transmet des valeurs de respect, d’écoute et de tolérance à sa fille et à son garçon. C’est un père qui reconnaît les injustices faites aux femmes et qui donnent des clés à ses enfants afin d’être capable de les reconnaître. C’est un homme qui n’a pas besoin d’être sollicité pour agir. Un père féministe est un homme en déconstruction qui fait aussi des erreurs mais qui est capable de les reconnaître et qui cherche à les réparer.
Nous voulons des pères féministes.
À tous ceux qui cochent déjà toutes ces cases, à nos alliés, à ceux qui savent qu’ils n’ont pas besoin d’être félicités parce qu’ils assument leurs responsabilités, nous souhaitons une belle fête des pères.
Moïra Berton
*C’est une situation que j’ai éprouvé à plusieurs reprises dans le cadre d’autres fonctions professionnelles.





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