Hausse du prix de l’essence, hausse de la précarité des femmes dans les Outre-mer
C’est en sueur que des ultramarines ont accueilli l’information. Une nouvelle hausse du prix de l’essence est prévue pour ce vendredi 1er mai 2026, allant jusqu’à dépasser les 2 euros par litre de gasoil ou d’essence en Guyane.

Lorsque la hausse du carburant peut signifier l’annulation du « road trip de l’été » pour certain.e.s, ce qui n’en reste pas moins désolant, cela est synonyme de difficultés de transport au quotidien pour d’autres.
Femmes à mobilité réduite
En 2025, l’Institut national d’études démographiques (Ined) publiait que la part de familles monoparentales où il y avait au moins un enfant mineur était deux fois plus importante dans les Départements et Régions d’Outre-mer (Drom) que dans l’Hexagone (46 % contre 23 % en 2021). Dans plus de 9 cas sur 10, ces familles étaient composées d’une mère élevant seule son ou ses enfants.
Cela induit un obstacle supplémentaire lié à la hausse du carburant pour ces femmes devant emmener leurs enfants à l’école, aux activités, aux rendez-vous médicaux et se rendre au travail ensuite… Pour les ultramarines, la mobilité est un coût qui va bien au-delà du prix affiché à la station essence.
Précarité accrue
Si le poids de la monoparentalité ne suffit pas à alourdir les épaules des femmes, celui de la précarité s’y installe également. Selon l’Observatoire des inégalités, en 2017, le taux de pauvreté atteignait presque 53 % en Guyane et 34,5 % en Guadeloupe, 36,1 % à La Réunion et 26,8 % en Martinique en 2021.
De plus, les chiffres de l’Institut national de la statistique et des études économiques (Insee) témoignent de situations particulièrement alarmantes :
La très grande pauvreté est 5 à 10 fois plus fréquente dans les Drom, notamment en Guyane où 32 % des familles monoparentales y sont exposées, contre 5 % dans l’Hexagone. Cependant, dans ces derniers cas, il s’agit de foyers qui ne peuvent même pas satisfaire des besoins fondamentaux.
L’usage d’une voiture est-il une priorité pour eux ? Dans certains territoires peu desservis par les transports en commun, cela peut devenir une nécessité pour accéder à l’emploi, aux soins ou aux services essentiels.
Violences sexistes sous l’abri-bus ?
Faute de moyens suffisants pour payer l’essence, voire le véhicule, il s’agirait de prendre les transports en commun lorsque ceux-ci le permettent, car dans un département de plus de 83 000 km² comme la Guyane, par exemple, le réseau de transport n’est pas encore suffisamment développé pour envisager une pleine autonomie sans automobile.
Pour celles qui s’y aventureraient, d’après les résultats de l’enquête Virage DOM, « Violences et rapports de genre dans les Outre-mer », achevée en 2019, 51 % des femmes en Martinique se sont fait siffler ou interpeller dans la rue, soit 2,5 fois plus qu’en Hexagone.
En Guadeloupe, ce nombre s’élève à 48 % et à 36 % à La Réunion, environ 2 fois plus qu’en France hexagonale. Les violences physiques n’en sont pas moins présentes, bien au contraire, les jeunes femmes étant particulièrement touchées.
Espace public hostile
L’espace public reste donc peu accessible aux femmes, par son hostilité constante. La mobilité des femmes dans les Outre-mer est devenue une question de sécurité. Quelle ironie de faire ce constat durant la Journée mondiale de la mobilité et de l’accessibilité !
Il est malheureux de constater que ce vendredi 1er mai 2026, l’augmentation du prix de l’essence ne fera que continuer à creuser les inégalités persistantes entre les femmes et les hommes, notamment dans les Outre-mer.
Moïra Berton




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